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Rencontre
Stéphanie Garcia Prête sa plume aux mots des autres
En digne descendante des scribes de l'Égypte
antique, Stéphanie Garcia a fait de la retranscription de
la parole des autres son métier. Rencontre à la librairie
Thuard avec une jeune femme qui cultive la mémoire à
travers sa plume.
Le Maine Libre : Comment devient-on
écrivain public ?
Stéphanie Garcia : Avant toute chose par
passion des livres. J'ai débuté ma vie professionnelle
dans le milieu de la librairie. J'ai ensuite enseigné le
français. C'est justement en élaborant des ateliers
d'écriture pour mes cours que j'ai découvert dans
un magazine le portrait de quelqu'un qui exerçait cette fonction
à Paris. Ca a cheminé dans mon esprit. J'ai d'abord
écrit l'histoire de mes grands-parents pour finalement me
consacrer à plein temps à cette mission de retranscription
depuis la dernière édition des 24 Heures du livre.
Je commence actuellement ma cinquième biographie.
Quel est le travail qui se dissimule derrière ce
titre original ?
Cela revient à prêter ma plume à ceux qui n'en
n'ont pas le temps ou les capacités pour leur permettre de
transmettre ou de conserver une mémoire, un passé.
Au-delà des strictes biographies, je rédige également
des historiques d'entreprises ou des discours pour des mariages.
Je travaille donc avec des gens très différents, du
PDG à la vieille dame, avec des vies et des désirs
très variés. Récemment par exemple, un monsieur
a fait appel à moi pour rapporter exclusivement la période
de son service militaire. C'est vraiment la rencontre qui est enrichissante
et qui est le moteur de chaque manuscrit.
Passion des livres et curiosités des autres, donc
?
Exactement. À chaque nouvelle commande, je pénètre
dans la vie d'une personne. Au cours des différents entretiens
qui servent de base à mon travail, je m'imprègne de
l'ambiance, du passé, de la parole de l'autre à travers
ses récits et ses anecdotes. C'est un plongeon plein d'émotions
dans une mémoire vivante. J'essaie toujours de respecter,
de coller aux mots des gens. Chaque manuscrit est donc unique et
réalisé à deux selon un devis personnalisé.
Les gens ont un droit de regard permanent sur la retranscription
de leur histoire et c'est eux qui choisissent la relecture, les
photos à intégrer au texte, etc.
Votre approche pourrait-t-elle se rapprocher d'un travail
d'analyse ?
Il y a des points communs. Cela relève dans les deux cas
d'une démarche très personnelle. Se raconter peut-être
un plaisir, parfois une souffrance : c'est toujours un exutoire.
Le lien que je tisse avec les personnes est également très
intime. La différence consiste peut-être en l'aboutissement.
On fait une thérapie avant tout pour soi-même. Dans
une biographie, il y a en plus une ambition de transmission.
L'écrivain public, un nègre déclaré
?
Vu mon physique (blonde aux yeux bleus), ce terme me fait toujours
rire. Mais je ne renie pas mes racines et j'avoue que mon travail
correspond exactement à celui de nègre. Je tente de
retrouver les paroles d'une personne. De toute façon, je
n'aime pas le titre d'écrivain public. Je préfère
me définir comme biographe ou écrivaine privée.
Le Maine Libre, Dimanche 11 mai 2003
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